L’adoption d’un chien en refuge est une aventure remplie d’émotions, mais elle s’accompagne aussi d’un défi parfois méconnu : pourquoi un chien adopté en refuge est-il plus susceptible de fuguer ?
Adopter un chien ayant vécu en refuge expose effectivement à un risque plus élevé de fugues, principalement à cause du stress, d’un besoin d’adaptation à un nouvel environnement et d’un passé parfois marqué par l’abandon ou la maltraitance. Comprendre les causes psychologiques, comportementales et environnementales de ce phénomène permet d’anticiper ces comportements, de sécuriser son foyer et de rassurer efficacement son animal. En offrant au chien un cadre rassurant, des repères stables et une attention adaptée à son histoire, il est possible de prévenir grandement les risques de fugue.
Dans la suite de cet article, découvrez en détail les mécanismes qui expliquent cette tendance, comment la prévenir efficacement et quelles mesures concrètes adopter pour sécuriser l’arrivée de votre nouveau compagnon.
Les causes psychologiques de la fugue chez le chien adopté en refuge
Stress post-adoption : l’héritage émotionnel du refuge
Un chien adopté en refuge traverse souvent une période d’adaptation délicate. L’environnement du refuge, bien que sécuritaire, est source de stress chronique et de stimuli anxiogènes : bruit constant, va-et-vient de personnes, changements fréquents de compagnons d’enclos. Ce vécu intense modèle la sphère émotionnelle du chien. Même en retrouvant une famille, il conserve une hypervigilance et une propension à l’insécurité, ce qui favorise la fugue comme moyen d’échapper à un environnement ressenti comme inconnu ou oppressant(1).
Les études en éthologie canine (Mariti et al., 2018) démontrent que les chiens récemment adoptés présentent un taux de comportements d’évitement (tels que la fuite) nettement plus élevé durant les premières semaines suivant le départ du refuge, comparativement à ceux qui grandissent dans un contexte familial stable.
L’attachement insécurisé et le besoin de repères
De nombreux chiens passés par un refuge ont connu des ruptures de lien : abandon, déménagement, voire maltraitance. Ces séparations fragilisent leur capacité à s’attacher sereinement à un nouvel humain. Résultat : un attachement insécurisé se développe, rendant le chien plus enclin à fuguer s’il ne retrouve pas immédiatement des repères fiables.
Le modèle de l’attachement canin de John Bowlby (adapté à l’espèce animale) corrobore cette observation : un animal sans repères nets ou sans figure d’attachement stable va chercher à fuir dès que la nouveauté, la solitude ou la peur surgissent(2).
Facteurs comportementaux : comment le vécu conditionne la fugue
Mémoires d’expériences négatives et conditionnements anciens
Un chien issu de refuge n’est pas une page blanche. Il porte en lui les séquelles d’expériences traumatisantes ou frustrantes : errance, maltraitance, isolement. En comportement, on sait que les associations négatives amplifient la peur de l’inconnu. Si le chien s’est déjà échappé pour échapper à un danger, cette solution deviendra son réflexe de survie à la moindre alerte, même en foyer aimant.
Ceci explique pourquoi un chien adopté en refuge est statistiquement plus à risque de fuguer qu’un chien socialisé précocement dans une famille (cfr. Lindsay, “Handbook of Applied Dog Behavior”, 2013).
Excès d’énergie, manque d’occupation et frustration
Conditionnés par la vie en box, nombre de chiens adoptés ont accumulé de l’énergie non dépensée et une grande frustration. Un environnement soudainement plus vaste, mal sécurisé, associé à ce désir d’explorer ou de décharger leur tension, devient le terrain idéal pour une fugue : surtout si le chien n’a pas accès à des activités physiques et mentales suffisantes.
En l’absence d’activités adaptées – balades, jeux de stimulation, mastication – le chien cherche naturellement à s’en soustraire. Cela a été documenté par le comportementaliste canine Déhasse (“Le Chien, ennui, activité, dépendance”, 2006).
Facteurs environnementaux qui favorisent la fugue
Environnement inconnu et mauvaises sécurités physiques
L’arrivée dans un nouveau foyer, avec ses bruits, ses odeurs et ses personnes inconnues, renforce l’sensation de dépaysement. Si le jardin n’est pas correctement clôturé ou si la maison présente des failles de sécurité, le chien stressé profitera de la moindre ouverture pour fuguer à la recherche d’une zone rassurante ou simplement par panique.
Les refuges signalent qu’une majorité des fugues surviennent dans les 48 premières heures après l’adoption, moment où la vigilance doit être maximale.
Manque de routine et absence de repères
Pour un chien adopté, la routine est rassurante. Or, les erreurs les plus fréquentes après l’adoption concernent l’absence de cadre structurant. Horaires instables, nouveaux déplacements, multitude de stimulations font perdre à l’animal tout sentiment de contrôle. Cette insécurité peut le pousser à s’enfuir vers l’extérieur ou à retourner vers ce qu’il connaît : la rue ou le refuge.
Pour réduire ce danger, l’apprentissage de repères simples (nourrissage, sorties, lieux de repos fixes) est essentiel dès les premiers jours.
Synthèse des principaux facteurs de fugue chez le chien adopté en refuge
| Facteur | Conséquence sur la fugue |
|---|---|
| Stress post-refuge/ Expérience passée | Anxiété, hypervigilance, réflexe d’évitement |
| Attachement insécurisé | Peur de la solitude, fuite au moindre changement |
| Manque de routine et de repères | Sensation de perte de contrôle, exploration ou panique |
| Environnement peu sécurisé | Opportunité physique de fugue accrue |
| Besoins d’activité non comblés | Recherche de stimulation à l’extérieur |
Prévenir efficacement la fugue chez le chien adopté : bonnes pratiques immédiates
Pour le maître : sécurisation & routines rassurantes
Un chien adopté a besoin d’un environnement sécurisé et d’une routine claire dès le premier jour. Cela passe par :
- Clôturer le jardin et vérifier l’absence de passages sous les portails ;
- Installer des barrières temporaires à l’intérieur pour restreindre l’espace mouvant ;
- Mettre en place des horaires fixes pour les repas, les promenades et les jeux ;
Ces mesures apportent structure et confiance. Elles réduisent durablement le taux de fugue, comme l’attestent plusieurs recommandations de la Société Française de Comportement Animalier.
Pour le chien : accompagnement progressif et gestion émotionnelle
La progressivité est la clé : limiter l’accès à l’extérieur au début, multiplier les interactions positives, pratiquer la renommée positive des nouveaux lieux via jeux et friandises.
Il est également primordial de repérer rapidement les signes d’anxiété ou de panique : halètements excessifs, tentatives de fuite, aboiements, léchages compulsifs. La consultation avec un comportementaliste spécialisé est alors vivement conseillée.
Quand faut-il s’inquiéter ? Signes avant-coureurs à surveiller
Il est normal qu’un chien adopté soit plus prudent ou peureux au début. Mais certains comportements constituent des alarmes à prendre très au sérieux :
- Tentatives répétées de forcer portes et fenêtres ;
- Marche frénétique le long des clôtures ;
- Refus de se nourrir ou isolement extrême ;
Une vigilance accrue les premiers jours, accompagnée d’un encadrement bienveillant, permet en général de juguler ces épisodes de fugue et de rassurer le chien dans la durée.
Sources utilisées
- Mariti C. et al., Factors affecting stress and welfare in shelter dogs: Welfare in Practice, 2018.
- Lindsay, Steven R., Handbook of Applied Dog Behavior and Training, 2013.
- Déhasse, Joël, « Le Chien, ennui, activité, dépendance », 2006.
- Source interne : Ouvrages vétérinaires / comportement canin.
- Recommandations de la Société Française de Comportement Animalier.






